Quand Dimey enchante Paris

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Le lundi 16 octobre dernier, le Département de français de l’Université de Leyde a délivré
officiellement le grade
« Master of Arts en langue française »
à  Madame Frances Gramende
après la soutenance de son mémoire
« Quand Dimey enchante Paris ».
Nos félicitations sincères pour ce succès impressionnant d’études approfondies.


Préambule et Conclusion du Mémoire
« Quand Dimey enchante Paris »
Frances Gramende


Préambule

Bernard Dimey
Peu de gens peuvent répondre, car il commence tout juste à être connu du grand public, plus de 30 ans après sa mort. Parmi tous les créateurs peu ou pas connus, Bernard Dimey a joué un rôle particulier dans la chanson française. C’est ainsi que l’on se demande, en prenant connaissance de son œuvre, et de l’immense héritage qu’il a laissé à la chanson comme à la poésie française, comment et pourquoi un tel talent a pu demeurer si longtemps dans l’ombre. C’est pour tenter de comprendre ce phénomène que j’ai voulu rendre hommage dans ce mémoire à ce poète-écrivain exceptionnel et à l’écriture authentique, en approfondissant la connaissance de son œuvre, qui est de plus en plus appréciée et valorisée dans le patrimoine littéraire d’aujourd’hui.

Pour répondre je vais comparer les textes dans le temps et je mettrai dans cette étude notamment l’accent sur Paris, sa ville, qui est aussi ma ville de cœur.

J’ai eu la chance de pouvoir effectuer ma carrière professionnelle dans mon domaine de prédilection: la chanson française, c’est pourquoi il m’est venu tout naturellement à l’esprit d’y trouver le sujet de mon mémoire.

Dans les années 70, je travaillais à Paris dans l’édition musicale de Radio Monte Carlo, station de radio nationale et petite sœur de Radio France, et plus particulièrement dans le secteur « chanson de variété ». Nous étions plus spécialisés dans les artistes français populaires à la mode parisienne de l’époque, que dans la chanson « rive gauche », considérée comme plus poétique, plus intellectuelle en quelque sorte.

La première fois que j’ai entendu parler de Bernard Dimey, c’était pendant un diner il y a quelques années rue Lepic, à Paris, chez un éditeur de musique avec qui j’ai travaillé, Michel Célie, des Disques Déesse.

L’enthousiasme de Michel était tel, que j’ai commencé à m’intéresser aux artistes qui ont enregistré des poèmes de Dimey, et qui ont créé des succès mondiaux comme Zizi Jeanmaire avec « Mon truc en Plumes « ou Henri Salvador avec « Syracuse ». Puis, en approfondissant l’œuvre de Bernard Georges Lucide Dimey, j’ai découvert des merveilles interprétées par des artistes de renom comme Juliette Gréco, Claude Brasseur, Jean Claude Pascal, Serge Reggiani, Mouloudji, et Charles Aznavour.

Quand on cite des grands noms de chanteurs et poètes français du XXème siècle et nos jours, on pense à Aznavour, Barbara, Brassens, Brel, Trenet … pour n’en citer que quelques-uns. Mais qui se cache derrière ces immenses vedettes ?

Certains ont écrit eux-mêmes leurs textes, et composé leur musique, d’autres ont fait appel à des compositeurs et des écrivains, dont certains ont œuvré dans l’ombre. Comme Charles Trenet l’a si bien dit dans sa chanson L’âme des poètes :

« Longtemps, longtemps, longtemps, après que les poètes ont disparu, leurs chansons courent encore dans les rues. La foule les chante un peu distraite en ignorant le nom de l’auteur. »

C’est ainsi que l’on se demande, en prenant connaissance de son œuvre, et de l’immense héritage qu’il a laissé à la chanson comme à la poésie française, comment et pourquoi un tel talent a pu demeurer si longtemps dans l’ombre.

Pendant ce temps-là, Bernard Dimey, provincial quasiment inconnu, faisait partie de ces poètes-écrivains qui ne cherchaient pas la lumière ou les médias. Je suis donc partie à sa recherche, en retraçant son parcours et son œuvre depuis sa ville de naissance jusqu’à la Butte Montmartre, quartier pittoresque et unique de Paris. Ainsi j’ai découvert un monde à part, « son » monde. J’ai suivi sa trace en lisant ses recueils de poèmes, recueilli des témoignages divers, rencontré certains de ses amis. J’ai aussi lu le livre bouleversant de sa compagne Yvette Cathiard, que j’ai rencontrée, et enfin, je me suis rendue à Nogent en Haute-Marne, où il est né le 16 juillet 1931.

Bernard Dimey a toujours écrit, depuis son plus jeune âge, mais les manuscrits qu’il adressait aux grands de la littérature parisienne lui revenaient toujours, laissant ce poète et auteur découragé. Désespéré, il avait fini par envoyer ses textes aux compositeurs et aux chanteurs, ce qui lui ouvrira la voie de la chanson et de la comédie musicale. Je veux vous faire connaître, à travers son histoire et ses écrits, le destin de cet auteur et personnage hors normes, qui n’a pas obtenu de son vivant la reconnaissance qu’il aurait voulu du milieu littéraire …

« Je l’ai connu maigre, moi qui vous cause, débarquant de sa province et, tel Rastignac ou Aristide Bruant, lancer à la capitale, du haut de Montmartre :
« Et maintenant Paris, à nous deux ! »

« Il connaissait son quartier et ses habitants comme le fond de sa poche et en imprégna toute son œuvre ».

Cette citation a été prononcée par le chanteur Marcel Mouloudji, auteur-compositeur français (1922-1994 ) qui a bien connu Dimey depuis ses débuts.

Ils ont écrits des chansons et publiés des œuvres ensemble comme les Poèmes voyous, édités par les Éditions Mouloudji en 1978. Il l’a donc connu « maigre » à son arrivée à Paris, car Dimey avait beaucoup grossit depuis.

« Dimey, c’est plus qu’un nom, c’est une date ». Citation de Monsieur Charles Trenet - Auteur-Chanteur-Compositeur français (1913 - 2001)


Conclusion

•  Qui fut Bernard Dimey ?

Pour moi Bernard Dimey fut d’abord un poète et un auteur inconnu dont un ami éditeur me parla. Comment faire pour découvrir cet auteur, sa vie, sa personnalité et ses œuvres ?

Bien sûr j’ai commencé par rechercher des poèmes qu’il avait écrits et qui furent compilés dans quatre recueils par l’éditeur Christian Pirot. La lecture de ces recueils furent une vrai découverte qui m’a donné envie de retrouver le lieu où Dimey est né, sa maison, son école, et le village de son enfance, à Nogent sur Marne, cette cité coutelière. En faisant des recherches, j’ai eu une chance inouïe d’avoir pu contacter le responsable de la Médiathèque municipale, Monsieur Philippe Savouret, enseignant avec une ma »trise d’histoire, qui m’a invité à venir faire des recherches sur place. J’ai donc pris le train pour descendre dans le Nogentais, dans un petit village de campagne de la France profonde.

Pendant deux jours j’ai été reçu par ce cofondateur de l’association Bernard Dimey qui a eu la gentillesse de m’ouvrir cette Médiathèque municipale « Bernard Dimey « un jour de fermeture pour retrouver des documents uniques de l’auteur. J’ai pu lire des trésors enfouis sur la vie et l’œuvre de Dimey : une journée ne fut pas assez pour trier les lettres et les œuvres de jeunesse ainsi que des premiers écrits professionnels. C’est aussi avec une grande gentillesse que Monsieur Savouret m’a fait découvrir les dossiers de la première jeunesse de Dimey jusqu’aux dessins et peintures d’un Dimey adolescent.

C’est en me faisant découvrir le village et les alentours que le destin de Bernard Dimey m’est apparue comme une évidence. Une si forte personnalité, ne pouvait que rechercher la lumière de Paris et la reconnaissance de ses pairs.

•  Quelle place a-t-il occupée dans les années 1960 à 1980 ?

Bernard Dimey n’était pas un homme de marketing, ni de relations publiques. Il ne recherchait pas le vedettariat, encore moins les paillettes, et n’avait pas de plan de carrière … Son principal auditoire fut d’abord celui des bistrots, et le petit peuple de Montmartre. On ne s’étonnera donc pas du fait que le grand public l’ait quelque peu méconnu. Ce qu’il voulait avant tout, c’est écrire. C’était un amoureux fou de la langue française. La chanson fut pour lui en quelque sorte un moyen de communiquer ses textes, une sorte de prétexte pour être reconnu, puisqu’il ne parvenait pas à ouvrir les portes des éditeurs.

« Après lecture de l’œuvre très riche de Dimey, on a la nostalgie du temps des poètes du siècle dernier et on s’imagine un soir à Montmartre où un jeune homme encore inconnu clame des vers à qui veut l’entendre. Les vedettes de l’époque sont charmées par ce bonhomme aux allures d’ogre, et éblouis par ses paroles pertinentes, pleines d’humour et de tendresse. Ils réalisent qu’ils se trouvent en présence d’un artiste qui a des dons exceptionnels, qui en termes simples et directs ne demande qu’à partager son amour pour la langue française.

On peut se demander si le fait de nous laisser une œuvre « dite », l’a rendu moins célèbre. Un poète qui chante, même avec une simple ligne mélodique, peut attirer plus aisément l’attention sur une œuvre qu’un « diseur ».

•  Ses chansons ont-elles résisté au monde médiatisé, aux phénomènes de mode, à l’usage du temps ?

S’il n’a pas eu la reconnaissance qu’il aurait méritée de son vivant, beaucoup d’artistes le découvrent et l’admirent aujourd’hui, car son œuvre est de plus en plus diffusée et mise en valeur par les gens de lettres. Bernard Dimey est un poète oublié de sa génération, mais un grand poète.

•  Comment son œuvre nous est-elle parvenue ?

Les textes de Dimey nous ont été transmis, compilés dans différents recueils, mais aussi par des dizaines de textes de chansons, interprétés par des vedettes confirmées. Ces grands artistes l’admiraient, et se sont reconnus dans la qualité d’écriture des textes.

Un journaliste, Jean-Jacques Julien, écrit après le décès de Dimey en 1981 le texte suivant :

« Cet immense poète, son immense talent seront sans aucun doute redécouverts par les nécrophiles de la culture dans quelques années. J’en laisse le soin aux universitaires qui rédigeront plus tard des thèses, aux exégèses qui analyseront et compileront son œuvre, au grand public qui le découvrira et s’émerveillera. »

Son ami, le chanteur Mouloudji disait de Bernard :  « C’est un tragique qui ne se prend pas au sérieux … »
C’est un épicurien, qui brûlait sa vie par les deux bouts. On s’aperçoit de nos jours, en découvrant l’étendue de son travail, qu’il était non seulement un diseur, et un poète, mais aussi un grand écrivain :  « Quand je serai mort, on dira du bien de moi. »

Nous avons mis du temps à l’affirmer, mais lui le savait déjà.

rue Bernard Dimey - Paris 18ème
La commune de Montmartre a baptisé une « RUE Bernard DIMEY », avec la mention « poète, 1931-1981 », et dans sa ville de naissance, Nogent (Haute-Marne) on peut suivre « Les traces de Bernard Dimey«  avec une jolie promenade et des vues magnifiques sur les environs où chaque pas nous rappelle son enfance.

Ainsi, quand je serai disparu dans ma nuit
Je ferai sans effort, enfin, de la lumière

Bernard Dimey  •  Wikipédia en français Bernard Dimey  •  site officiel